Depuis plus de 2000 ans, chaque ville et village du monde compte une ou plusieurs églises et différents lieux de culte. A l’aube du troisième millénaire, on peut espérer que chaque ville et village du monde compte également un ou plusieurs cafés philo : des lieux où, dans le respect des idées exprimées par chacun, on met en dialogue nos réflexions sur le sens des choses et de la vie.
Vous animez un café philo ? n'hésitez pas à l'enregistrer ici : http://cafephilos.org
Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 8 janvier 2013 à 3:39 C'est formidable tout cela de savoir que de telles villes vibrent au rythme de la philosophie; seulement, comment cela se fait pour que des gens tant occupés et adeptes de liberté puissent encore trouver un peu de temps pour se retrouver autour d'une thématique?
est-ce le fait des petites villes, favorables à la diffusion des idées?

Commentaire de René Guichardan le 11 janvier 2013 à 11:38 Cher Mekoul Israel,
J'espère que vous allez bien. Merci de vos messages.
"Occupés", je crois que nous le sommes tous beaucoup, mais si nous ne prenions pas le temps d’échanger, et précisément pour exprimer notre liberté par le fait même de "philosopher" (c-à-d en partageant nos questionnements respectifs sur le sens des choses et de la vie), nous n’exprimerions alors que notre aliénation au monde. C’est un premier niveau d’argumentation : philosopher pour soi, pour tenter de s’appartenir soi-même de façon bienveillante et réflexive, mais aussi, le faire à plusieurs pour élargir l’horizon de sa pensée, et le faire avec des personnes qui défendent des idées opposées aux nôtres pour affiner et approfondir sa réflexion.
L’argument n°2 tient au fait que nos démocraties « vieillies » et en crise commencent à montrer de sérieux signes de faiblesse (replis communautaristes, démagogie des discours, professionnalisation des politiciens qui pensent en termes de carrière, crispations internes des partis politiques, dogmatisme des droites et des gauches qui ne sont plus représentatives des diversités et de la complexité du monde moderne, etc.).
Or, il ne peut y avoir de démocratie (un régime qui accepte la multiplicité des idées et des partis) sans philosophie, c-à-d, sans mettre également en place une méthodologie éclairée du questionnement et du débat des idées.
In fine, une démocratie, ce n’est pas se rallier à une majorité pour écraser des minorités, mais c’est plutôt se demander comment chaque groupe peut considérer les difficultés et les besoins des autres groupes, c'est reconnaitre à chacun son droit à exister, c'est se soucier d’un bien commun qui transcenderait les intérêts particuliers.
Ce second argument tient donc, et pour ma part, à une action humaniste et militante : si en tant que citoyen nous ne philosophons plus, ce n’est pas ceux qui sont au pouvoir qui vont le faire à notre place – « il ne peut y avoir de démocratie éclairée sans citoyen éclairé. Dans une société qui promeut la philosophie pour tous, chacun devient une chance pour l’autre ».
Votre question 3 : est-ce le fait des petites villes, favorables à la diffusion des idées?
A vrai dire, plus une ville est grande plus elle est potentiellement riche de cafés philo (en France) car plus elle dispose de ressources. En fait, les petites villes ont de plus grands besoins et de plus grandes difficultés, les citoyens s’y montrent plus frileux, la diversité y est moindre, le brassage des idées moins fréquent. En ayant créé le site hppt://cafephilos.org, je veux donner à voir qu’une communauté des cafés philo s’anime, je souhaite faciliter la communication entre les différents responsables/participants, et permettre à chacun de s’inspirer de la pratique des autres. Mais il y a encore beaucoup de travail pour rendre ce site plus fonctionnel.
Mais je crois voir une question adjacente à cette intervention : peut-on préciser ce que peut être une philosophie citoyenne, populaire (non populiste pourtant, ce qui serait un contre sens) ? En quoi une philosophie citoyenne se différencierait-elle d’une philosophie académique ou scolaire ?
Merci de votre écoute.
René Guichardan
Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 13 janvier 2013 à 1:07 DROITS DE L’HOMME ET DROITS RATIONNELS : un droit de l’homme comme être libre d’être homosexuel contredit-il le droit rationnel et naturel selon lequel toute chose créée a une détermination précise ?
Par MEKOUL Israël Jacob Baruc
Elève-professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé (Cameroun) (Département de philosophie)
Doctorant en Droit des Affaires
Résumé : La pratique homosexuelle qui se vit aujourd’hui apparait comme un jeu de loisirs. De plus, réclamée comme exercice pratique d’un droit de l’homme comme la liberté, il se pose la question de savoir si la raison et la nature sont en accord avec cette liberté ? Autrement dit, en quoi la pratique homosexuelle, de plus en plus réclamée comme un acte de liberté est-elle devenue un obstacle à l’exercice de la raison et de la nature ? L’Afrique qui est encore en retard, peut-elle embrasser ce phénomène de société, cette sorte de « cadeau » sans y mettre un brin de raisonnement ? Quel est le regard philosophique sur cette pratique qui s’appuie sur un fondement philosophique : la liberté de ses orientations sexuelles ?
Mots clés : raison, nature, droits de l’homme, homosexualité, loisirs, développement.
Nous devons donc nous accoutumer de bonne heure à nous soumettre aux préceptes de la raison… car c’est dans le problème de l’éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. On peut marcher désormais dans cette voie, car on commence aujourd’hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation et que l’on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l’espèce humaine.
L’esquisse d’une théorie de l’éducation est un noble idéal et qui ne nuirait en rien, quand même nous ne serions pas en état de le réaliser. Il ne faut pas regarder une idée comme chimérique et la donner pour un beau rêve parce que des obstacles en arrêtent la réalisation.
Un idéal n’est autre chose que la conception d’une perfection qui ne s’est pas encore rencontrée dans l’expérience. Telle est, par exemple, l’idée d’une république parfaite, gouvernée d’après les règles de la justice. Est-elle pour cela impossible ? Seulement il faut d’abord que notre idée ne soit pas fausse, et ensuite qu’il ne soit pas absolument impossible de vaincre tous les obstacles qui peuvent s’opposer à son exécution. Si, par exemple, tout le monde mentait, la franchise serait-elle pour cela une pure chimère ? L’idée d’une éducation qui développe dans l’homme toutes ses dispositions naturelles est vraie absolument.
Avec l’éducation actuelle les hommes n’atteignent pas du tout le but de leur existence, car quelle diversité n’y a-t-il pas dans leur manière de vivre ! Il ne peut y avoir d’uniformité parmi eux qu’autant qu’ils agissent d’après les mêmes principes et que ces principes deviennent pour eux comme une seconde nature. Nous pouvons du moins travailler au plan d’une éducation conforme au but qu’on doit se proposer, et laisser à la postérité des instructions qu’elle pourra réaliser peu à peu. Voyez, par exemple, les oreilles d’ours : quand on les tire du pied même de la plante, elles ont toutes la même couleur ; quand au contraire on en sème la graine, on obtient des couleurs toutes différentes et les plus variées. La nature a donc mis en elles certains germes, et il suffit, pour les y développer, de semer et de planter convenablement ces fleurs. Il en est de même chez l’homme.
Il y a beaucoup de germes dans l’humanité, et c’est à nous à développer proportionnellement nos dispositions naturelles, à donner à l’humanité tout son déploiement et à faire en sorte que nous remplissions notre destination…La nature humaine ne peut se rapprocher peu à peu de sa fin que grâce aux efforts des personnes qui sont douées de sentiments assez étendus pour prendre intérêt au bien du monde et qui sont capables de concevoir un état meilleur comme possible dans l’avenir… (Kant, Traité de pédagogie, Traduction de Jules Barni).
Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 13 janvier 2013 à 8:07 LE DROIT A L’EDUCATION N’EST PAS LA LIBERTE A L’EDUCATION
Par MEKOUL Israël Jacob Baruc
Elève-professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé (Cameroun) (Département de philosophie)
Doctorant en Droit des Affaires
L’éducation est un droit sacré et consacré dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948. Elle exclue de ce fait la question libre quant à savoir, s’il est libre d’éduquer ou d’être éduqué. Pour quoi ce droit n’est pas une liberté comme celle des autres ? Face à cet enfant qui tue ses camarades et sa maitresse aux USA, devant cet enfant qui poignarde son maitre en France, et face à cet enfant que le parent refuse d’envoyer à l’école pour qu’il aille dans la plantation de bananeraie en Afrique, resurgit la question de la place de l’éducation et surtout de la place des valeurs morales : qu’est-ce qu’il faut privilégier dans l’éducation : faire de l’enfant un homme qui a réussi dans la société ou alors d’abord un homme qui respecte l’universalité en lui et en les autres?
Mots clés : éducation, droit, liberté, valeurs morales, développement.
C’est pourquoi la direction des écoles ne devrait dépendre que du jugement, des connaisseurs les plus éclairés. Toute culture commence par les particuliers, et part de là pour s’étendre. La nature humaine ne peut se rapprocher peu à peu de sa fin que grâce aux efforts des personnes qui sont douées de sentiments assez étendus pour prendre intérêt au bien du monde et qui sont capables de concevoir un état meilleur comme possible dans l’avenir. Cependant plus d’un grand ne considère son peuple en quelque sorte que comme une partie du règne animal et n’a autre chose en vue que sa propagation. Tout au plus lui désire-t-il une certaine habileté, mais uniquement pour pouvoir faire de ses sujets des instruments mieux appropriés à ses desseins. Les particuliers doivent aussi sans doute avoir d’abord devant les yeux le but de la nature physique, mais ils doivent songer surtout au développement de l’humanité et veiller à ce qu’elle ne devienne pas seulement plus habile, mais aussi plus morale, et, ce qui est le plus difficile, à ce que la postérité puisse aller plus loin qu’ils ne sont allés eux-mêmes.
L’éducation doit donc, premièrement, discipliner les hommes. Les discipliner, c’est chercher à empêcher que ce qu’il y a d’animal en eux n’étouffe ce qu’il y a d’humain, aussi bien dans l’homme individuel que dans l’homme social. La discipline consiste donc simplement à les dépouiller de leur sauvagerie.
Deuxièmement, elle doit les cultiver. La culture comprend l’instruction et les divers enseignements. C’est elle qui donne l’habileté. Celle-ci est la possession d’une aptitude suffisante pour toutes les fins qu’on peut avoir à se proposer. Elle ne détermine donc elle-même aucune fin, mais elle laisse ce soin aux circonstances.
Certains arts sont bons dans tous les cas, par exemple ceux de lire et d’écrire ; d’autres ne le sont que relativement à quelques fins, comme celui de la musique, qui fait aimer celui qui le possède. L’habileté est en sorte infinie, à cause de la multitude des fins qu’on peut se proposer.
Troisièmement, il faut aussi veiller à ce que l’homme acquière de la prudence, à ce qu’il sache vivre dans la société de ses semblables de manière à se faire aimer et à avoir de l’influence. C’est ici que se place cette espèce de culture qu’on appelle la civilisation. Elle exige certaines manières, de la politesse et cette prudence qui fait qu’on peut se servir de tous les hommes pour ses propres fins. Elle se règle sur le goût changeant de chaque siècle. Ainsi l’on aimait encore il y a quelques années les cérémonies en société.
Quatrièmement, on doit enfin veiller à la moralisation. Il ne suffit pas en effet que l’homme soit propre a toutes sortes de fins ; il faut encore qu’il sache se faire une maxime de n’en choisir que de bonnes. Les bonnes fins sont celles qui sont nécessairement approuvées par chacun, et qui peuvent être en même temps des fins pour chacun.

Commentaire de René Guichardan le 13 janvier 2013 à 8:54 Cher Mekoul Israel,
Mes remerciements les plus sincères pour tes textes, mais je dois dire que leur longueur ne facilite pas l'échange (la rédaction d'une éventuelle réponse). Est-il possible de partir d'une ou deux questions, ou d'une remarque, puis éventuellement de développer progressivement et par étape ?
Il est bon aussi, soit de répondre à un sujet, soit d'ouvrir un autre sujet, plutôt que d'aligner plusieurs thèmes sous une seule proposition de départ. Celle-ci porte le titre : Des lieux de dialogue à visée philosophique partout dans le monde ?
Je vous renouvelle mes remerciements. Bien à vous.
René Guichardan
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