Des lieux de dialogue à visée philosophique partout dans le monde ?

Depuis plus de 2000 ans, chaque ville et village du monde compte une ou plusieurs églises et différents lieux de culte. A l’aube du troisième millénaire, on peut espérer que chaque ville et village du monde compte également un ou plusieurs cafés philo : des lieux où, dans le respect des idées exprimées par chacun, on met en dialogue nos réflexions sur le sens des choses et de la vie.

Vous animez un café philo ? n'hésitez pas à l'enregistrer ici : http://cafephilos.org

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Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 8 janvier 2013 à 3:39

C'est formidable tout cela de savoir que de telles villes vibrent au rythme de la philosophie; seulement, comment cela se fait pour que des gens tant occupés et adeptes de liberté puissent encore trouver un peu de temps pour se retrouver autour d'une thématique?

est-ce le fait des petites villes, favorables à la diffusion des idées?

Commentaire de René Guichardan le 11 janvier 2013 à 11:38

Cher Mekoul Israel,

J'espère que vous allez bien. Merci de vos messages.

"Occupés", je crois que nous le sommes tous beaucoup, mais si nous ne prenions pas le temps d’échanger, et précisément pour exprimer notre liberté par le fait même de "philosopher" (c-à-d en partageant nos questionnements respectifs sur le sens des choses et de la vie), nous n’exprimerions alors que notre aliénation au monde. C’est un premier niveau d’argumentation : philosopher pour soi, pour tenter de s’appartenir soi-même de façon bienveillante et réflexive, mais aussi, le faire à plusieurs pour élargir l’horizon de sa pensée, et le faire avec des personnes qui défendent des idées opposées aux nôtres pour affiner et approfondir sa réflexion.

L’argument n°2 tient au fait que nos démocraties « vieillies » et en crise commencent à montrer de sérieux signes de faiblesse (replis communautaristes, démagogie des discours, professionnalisation des politiciens qui pensent en termes de carrière, crispations internes des partis politiques, dogmatisme des droites et des gauches qui ne sont plus représentatives des diversités et de la complexité du monde moderne, etc.).

Or, il ne peut y avoir de démocratie (un régime qui accepte la multiplicité des idées et des partis) sans philosophie, c-à-d, sans mettre également en place une méthodologie éclairée du questionnement et du débat des idées.

In fine, une démocratie, ce n’est pas se rallier à une majorité pour écraser des minorités, mais c’est plutôt se demander comment chaque groupe peut considérer les difficultés et les besoins des autres groupes, c'est reconnaitre à chacun son droit à exister, c'est se soucier d’un bien commun qui transcenderait les intérêts particuliers.

Ce second argument tient donc, et pour ma part, à une action humaniste et militante : si en tant que citoyen nous ne philosophons plus, ce n’est pas ceux qui sont au pouvoir qui vont le faire à notre place – « il ne peut y avoir de démocratie éclairée sans citoyen éclairé. Dans une société qui promeut la philosophie pour tous, chacun devient une chance pour l’autre ».

Votre question 3 : est-ce le fait des petites villes, favorables à la diffusion des idées?

A vrai dire, plus une ville est grande plus elle est potentiellement riche de cafés philo (en France) car plus elle dispose de ressources. En fait, les petites villes ont de plus grands besoins et de plus grandes difficultés, les citoyens s’y montrent plus frileux, la diversité y est moindre, le brassage des idées moins fréquent. En ayant créé le site hppt://cafephilos.org, je veux donner à voir qu’une communauté des cafés philo s’anime, je souhaite faciliter la communication entre les différents responsables/participants, et permettre à chacun de s’inspirer de la pratique des autres. Mais il y a encore beaucoup de travail pour rendre ce site plus fonctionnel.

Mais je crois voir une question adjacente à cette intervention : peut-on préciser ce que peut être une philosophie citoyenne, populaire  (non populiste pourtant, ce qui serait un contre sens) ? En quoi une philosophie citoyenne se différencierait-elle d’une philosophie académique ou scolaire ?

Merci de votre écoute.

René Guichardan

Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 13 janvier 2013 à 1:07

DROITS DE L’HOMME ET DROITS RATIONNELS : un droit de l’homme comme être libre d’être homosexuel contredit-il le droit rationnel et naturel selon lequel toute chose créée a une détermination précise ?

 

Par MEKOUL Israël Jacob Baruc

Elève-professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé (Cameroun) (Département de philosophie)

Doctorant en Droit des Affaires

 

Résumé : La pratique homosexuelle qui se vit aujourd’hui apparait comme un jeu de loisirs. De plus, réclamée comme exercice pratique d’un droit de l’homme comme la liberté, il se pose la question de savoir si la raison et la nature sont en accord avec cette liberté ? Autrement dit, en quoi la pratique homosexuelle, de plus en plus réclamée comme un acte de liberté est-elle devenue un obstacle à l’exercice de la raison et de la nature ? L’Afrique qui est encore en retard, peut-elle embrasser ce phénomène de société, cette sorte de « cadeau » sans y mettre un brin de raisonnement ? Quel est le regard philosophique sur cette pratique qui s’appuie sur un fondement philosophique : la liberté de ses orientations sexuelles ?

 

Mots clés : raison, nature, droits de l’homme, homosexualité, loisirs, développement.

 

 

  1. Quand on se demande sur quoi se fondent les droits de l’homme ? Nous répondons courageusement : sur la raison. En tant que faculté normative et de légitimation, la raison est le lieu de rencontre de l’essence de l’homme et le seul refuge de l’égalité, de la fraternité et de la liberté. Ainsi, les hommes ne sont pas égaux au regard de leurs différences physiologiques ou raciales. Les hommes sont égaux parce que tous partagent les mêmes aspirations et font tous face aux mêmes contraintes ontologiques ou existentielles, comme l’idée de mort, la maladie, l’angoisse d’un avenir incertain. Et, devant les nombreux murs de racisme, de tribalisme, d’éthnicisme, de capitalisme, de traite inhumaine des hommes, d’esclavage, d’indignité, c’est devant le tribunal de la raison que tout homme, comme justiciable vient se plaindre pour espérer trouver une solution à son problème. La raison demeure l’arbitre des hommes. Extériorisée sous formes de lois, parce qu’acceptées universellement, intériorisée sous forme de conscience morale, la raison légifère et appelle tous les hommes à un usage de leur entendement. On comprend pourquoi, nous sommes tous fiers et orgueilleux de faire usage de cette belle raison et d’appartenir à l’Humanité comme membres. C’est par cette raison que nous osons croire que l’Humanité pourra être expurgée petit à petit de ses fantômes. C’est l’espérance que les philosophes des Lumières nous ont léguée : c’est au cours de sa marche que la raison et les hommes vont tendre vers la perfectibilité. Les droits rationnels s’imposent donc à tout : ils fondent l’universalité des causes et c’est en eux que l’espérance d’un monde meilleur repose.

 

  1. Les droits de l’homme sont nombreux. La Déclaration Universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 en énoncent d’importants : comme le droit à la vie, le droit à l’éducation. Mais le Préambule de cette Déclaration mérite une relecture : Tous les hommes naissent libres et égaux en droit et en dignité. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. A côté de la liberté d’être par exemple homosexuel, il y a la dignité de sa pratique. Est-ce que liberté et dignité se rencontrent dans cette pratique ? La dignité se rapporte-telle à la raison ou alors à la liberté ? Si la dignité se rapporte à la raison, alors la pratique homosexuelle n’honore pas l’homme. Par contre, si la dignité est dépendante de la liberté, alors cette pratique est justifiée. Or, les Pères fondateurs de la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, ont largement insisté sur le terme de dignité. Elle se rapportait peut-être directement aux atrocités de la guerre mondiale. Mais, je crois que leur esprit dépassait ce moment historique pour couvrir un vaste ensemble d’actions humaines ou inhumaines. C’est au nom de la dignité que les droits de l’homme existent. C’est la liberté qui est servante de la dignité. Parce que c’est pour garantir la dignité qu’elle existe. Or, que devient alors la dignité si elle n’est plus servie par la liberté, et que cette liberté réclame ses droits sans se soucier de la place de la dignité dans sa réclamation. Cette dignité devient inutile. Pourtant, tout au long de cette Déclaration, sont affirmés, continuellement tous les droits, qui se trouvent être les fondements des droits rationnels : la liberté, l’égalité, la fraternité et la souveraineté. On peut remarquer que ces droits de l’homme, de nos jours, semblent dépasser les limites des droits rationnels. Puisque, ce qui caractérise la raison, c’est sa capacité à fixer des bornes indépassables, sans lesquelles, on quitte la position honorable d’homme pour celle d’animal. Vivre avec une personne qui aime le « same sex » nous est devenu un mode de liberté et, d’ailleurs, quel bon homme jouissant de son « bon sens » oserait dire que cela n’est pas de son droit. Au nom de ce droit rationnel qu’est la liberté, on justifie un droit de l’homme. D’ailleurs, l’accord ne serait que parfait ; car, il y a souvent eu trop peu d’accord dans l’histoire. Tantôt, c’était le droit rationnel qui était accepté et le droit de l’homme exagéré ; parfois, c’était l’inverse. Mais cette fois, la liberté est au cœur des droits rationnels et des droits de l’homme. Au nom de cette liberté, je peux orienter mes désirs et mes goûts sexuels ou affectifs.

 

  1. Et c’est là que trouve toute la difficulté car, alors, intervient un autre élément qui va les départager : la nature. La nature est en accord avec lequel de ces droits : rationnels ou de l’homme ? L’homme est par nature né libre, disait Rousseau. C’est par raison, qu’il est libre. Et c’est cette liberté qui constitue son droit. Mais, cela n’est pas suffisant. En acceptant une activité contre nature, les droits de l’homme n’en font-ils pas assez ? Nous n’émettons pas un juge de valeur, quant à savoir, si l’homosexualité est bien ou pas. Cela relève encore de la liberté de tout un chacun. Mais nous nous interrogeons par rapport aux rapports entre la raison, les droits de l’homme et la nature sur un phénomène comme l’homosexualité. Aristote disait que la nature ne fait rien ni d’inachevé, ni en vain. Cela veut dire que la constitution de l’homme semble obéir à une programmation bien déterminée et que tout en l’homme a une détermination précise. Du coup, on se demande si les organes qui sont utilisés pour d’autres satisfactions ont été faits pour elles ? Comment les droits de l’homme expliquent-ils ce revirement tendanciel et ce choix pour des plaisirs qui compromettent le bel exercice de la nature ? Est-ce en vain que la bouche a été conçue pour parler, manger et boire ? Le droit à l’homosexualité est certes un droit humain, mais c’est un droit qui transcende la raison. Et là, il risque de ne plus être un droit humain ; car il n’y a d’humain que ce qui adhère à la raison. Doit-on alors tout accepter au nom des droits de l’homme ? Si le principe des droits de l’homme est accepté, la pratique n’est pas satisfaisante. La raison ne se retrouve plus dans l’expression de certains droits de l’homme ; ce qui la place dans une situation compromettante.

 

  1. On comprend ainsi que chaqu’organe de la nature a sa finalité. Et personne ne dirait mieux face à la pratique de l’homosexualité à quoi sert le jeu du phallus ? Car, de la même manière que naturellement, il est impossible de se nourrir par le nez, de la même manière aussi, la raison et la nature n’approuvent pas l’audace des droits de l’homme à justifier tout, au nom de la liberté. On se souviendra encore de Rousseau : pendant des années, c’était développée l’idée que le premier lait maternel était dangereux pour le nourrisson ; au nom de l’équilibre de la nature et de sa bonté, Rousseau montra que si ce premier lait est naturel, alors, il ne saurait être mauvais au nourrisson. L’histoire lui donna raison plus tard. Notre société est donc entrée dans une phrase contrenaturelle mais au nom des droits de l’homme. Ce qui compte, c’est leur réclamation et non pas leur adéquation avec la raison et l’universalité de leur acceptation. Est-ce que tout le monde accepte l’homosexualité ? Est-ce que tout le monde admet le vol ? La réponse est négative. Et donc, si tout le monde ne tombe pas unanime dans une pratique,  celle-ci ne mérite pas d’être vantée et d’être objet de publicité. Or, c’est ce à quoi nous assistons de nos jours : ce qui est contre la nature et la raison est extravagant et passe en boucle comme la découverte d’un vaccin.

 

  1. Pour nous autres africains, courant encore après des préoccupations des plus simples comme les routes, l’électrification, l’approvisionnement en eau potable, notre état de développement ne nous permet pas de nous adonner à des pratiques qui vont plutôt nous user et nous ôter nos forces productives. Est-ce qu’un homosexuel peut abattre des grands arbres avec la hache ? Est-ce qu’un homosexuel peut parcourir plus de dix kilomètres dans des marécages ? Est-ce qu’un homosexuel peut engager des grandes plantations de palmeraie ou de bananeraie ? La réponse semble être négative. Alors, avec quelles forces, allons-nous conquérir la nature et en devenir maitres ? Dans un siècle par exemple, lorsque l’Afrique sera comme l’Europe du Grand Siècle et du Siècle des Lumières en termes d’infrastructures urbaines, pour ne prendre que cet exemple ; alors, on pourra se livrer à des jeux de farniente et pratiquer toutes sortes de pratiques volontaires, sans l’arbitrage de la raison. Mais là maintenant, cette pratique ne tombe pas bien. Que beaucoup y trouvent leur voie de salut ne peut que déshonorer le vieux patriarche du village qui, attendant une main d’œuvre venant de la ville, reçoit plutôt des mains fragiles qui ne veulent plus toucher à la machette. Le proverbe ne dit-il pas bien : Je crains les grecs, surtout quand ils font des cadeaux ?

 

  1. L’homosexualité apparait donc comme un cadeau ; mais un de ces gâteaux empoisonnés. C’est un genre de cadeau ou de gâteau qui devrait nous venir quand on est en période de loisir. Or, l’Afrique n’est pas près du loisir. Nous avons encore des grands chantiers et certaines petites finitions à faire. C’est donc des hommes qui veulent et qui doivent travailler que l’Afrique a besoin. C’est donc des hommes virils que l’Afrique a besoin. Des hommes qui réfléchissent en tous les domaines, loin de certains débats intellectuels qui choisissent tantôt telle matière au détriment de telle autre, tantôt telle formation par rapport à celle-ci. L’Afrique a besoin de toutes les matières et de toutes les formations. Dans quelques siècles, l’Afrique pourra se reposer. Mais pour l’instant, elle n’a pas de temps. Elle doit travailler avec tout son corps et tout son esprit pour assurer le bonheur des générations futures. Mais, elle doit maintenir la flamme de la vigilance. Marcien Towa, l’a résumé en des mots transhistoriques : l’Afrique doit passer au « crible de la raison » tous les cadeaux et tous les gâteaux qu’on lui propose.

 

  1. Et si l’homosexualité semble ne faire trop de dégâts, le plus grave dégât se trouve au risque de non procréation. Jean Bodin en disant qu’il n’y a de richesses que d’hommes, ne s’était pas trompé : c’est la force humaine productive qui fait la puissance d’un Etat. Cette force humaine peut être physique ou intellectuelle. L’Afrique a été tour à tour dépouillée de ses vaillants hommes ; puis, il y a aussi le capitalisme et l’homosexualité apparait comme une nouvelle offre pour le salut de l’Afrique. Si cette offre vise à empêcher aux africains de procréer, on se demande d’où viendra cette masse nécessaire pour participer au développement sous toutes ses formes. Et si tout le monde se refusait aux travaux manuels des plantations, attendant la fin du mois, ou de gros titres ou placements d’affaires, le pays fonctionnerait comment ? On comprend que la richesse humaine est nécessaire. En décidant de ne pas créer, pour ne jouir que de la vie, l’africain scelle encore sa nouvelle mort et celle-ci pourra lui être plus meurtrière ; car, pendant les périodes de déportation, on prenait, et il y naissait. Maintenant qu’on ne prend même plus et qu’il ne va plus naitre, le scénario de catastrophe serait pire. L’Afrique a besoin d’enfants pour se développer. Les compétences si diverses qu’on observe dans tous les domaines montrent que la réduction de la main d’œuvre n’arrangera pas les choses.

 

  1. L’occident vieilli. L’Afrique vieillie déjà. La mondialisation rompt les barrières idéologiques, géographiques et morales. C’est pour que l’Afrique fasse un saut dans la nature et rejoigne l’occident d’une certaine façon. Mais est-ce possible ? Nous risquons de rester dans un idéalisme inconséquent ou dissolvant : l’occident est à mille lumières de progrès que nous. Comment pouvons-nous être fiers de leur être égaux en loisirs alors que nous leur sommes inférieurs en infrastructures de développement technologique et j’en passe ? Suffit-il de clamer que nous sommes égaux parce que nous buvons les mêmes champagnes, nous achetons les mêmes véhicules, nous faisons les mêmes pratiques que nous saluerons notre égalité ? Ce serait sans doute une égalité plus irréelle que réelle : parce que l’égalité, c’est aussi les réalisations et le niveau de vie de ses populations. On entend partout, l’Afrique doit réduire sa natalité, elle ne doit plus être polygame, elle doit consommer bio…Toutes ces réductions contre nature risqueraient de ne pas nous être salutaires. Le débat sur l’homosexualité partage tellement les opinions qu’il ne sert à rien de se prononcer, pour ou contre. Mais, la manière avec laquelle, certains intellectuels traitent ce problème, à travers les lignes et les médias, semble les éloigner des véritables enjeux (philosophiques) que soulèvent ces pratiques. C’est loin les positionnements administratifs, politiques qui y font problème, car, la société fonctionne en réseaux et en cercles et c’est toujours dans ces milieux qu’on fait confiance en attribuant à tel ou tel un poste. Ce n’est donc pas parce qu’on est homosexuel qu’on devient forcément compétent ou brillant dans un domaine. En plus, ce n’est pas en affichant les noms de telle personne ou de telle autre, comme si on voulait satisfaire un lectorat en panne de sensation qu’on se dira faire œuvre de changement de mentalités ou de développement des idées. Car,  ce lectorat qui jubile et diserte sur ces « fameuses listes » gardent rarement la portée éthique de tout cela ; se contentant juste d’animer des débats de « couloirs » où on ne retient rien et on ne transmet rien. Si on veut informer les gens, il faut éviter de procéder par communication. Et les débats sur l’homosexualité et ces livres qui affichent les noms des uns et des autres ne visent rien de moins qu’à communiquer qu’à informer. Informer, c’est montrer les dangers que cela peut avoir et trouver des méthodes de limitation ou de dénonciation de ces pratiques. C’est un peu l’exemple qu’on peut prendre du Recteur de l’Université de Yaoundé I qui a pris une note interdisant des pratiques jugées malsaines et indignes dans ses facultés et grandes écoles. Voilà une note d’information d’abord, puis de communication ensuite. On n’a pas vu le Recteur aller dans les médias disserter sur l’homosexualité ou autre chose. Il a estimé qu’il y a la prolifération des pratiques malsaines, alors, il a sorti une note administrative et officielle. Et le reste suit. Voilà le comportement qu’on attend de certains intellectuels qui veulent éclairer le peuple et contribuer au changement des mentalités. On n’est pas moins bien lu et compris lorsqu’on commente peu ses intuitions et ses révélations dans des chaines de télévision ou de radio. On rétorquera sans doute en déclarant qu’on aura montré la voie de salut en demandant aux jeunes de travailler au lieu de suivre la facilité, mais cela reste toujours dans le cadre de la communication. L’information dont nous avons besoin pour notre développement n’a pas besoin du sensationnel. Elle demande du sérieux dans l’écrit et dans la communication ; parce que nul ne peut ignorer que nous sommes dans l’âge de la communication. Mais l’attitude de l’informateur qui communique doit être différente du communicateur qui informe. Jusqu’ici, on a plus communiqué qu’informé sur certaines pratiques jugées malsaines. Quel résultat en attendre ? Aucun de durable. Car, les lecteurs restent sur des détails et n’approfondissent pas la réflexion.

 

  1. L’Afrique n’a pas encore atteint l’âge des loisirs. Ces lignes que nous venons d’écrire peuvent montrer en quoi cette pratique des droits de l’homme est contre naturelle, contre rationnelle et mérite oui ou non à l’heure actuelle d’être pratiquée. Ainsi, la priorité serait-elle un jour d’inscrire ce point à l’ordre du jour au Parlement alors que les campagnes manquent d’eau, de courant ou d’école ? Réservez cette pratique pour nos périodes de relaxation, je voudrais dire dans un ou deux siècles. Pour le moment, tout nous appelle. La raison et la nature soutiennent les droits de l’homme ; mais elles ne peuvent pas aussi tout accepter au nom des droits de l’homme. Peut-être qu’être libre commence aussi lorsqu’on a essayé de voir s’il y a adéquation entre la liberté qu’on réclame et sa place dans la raison : si cette liberté est bonne mais rejetable universellement par la raison, alors cette liberté ne devrait pas être tapageuse et mise au courant de tout le monde. Puisque malgré tout, cela relève de la vie privée. L’Afrique a trop perdu des vaillants bras. Elle ne doit plus en perdre maintenant. Même si c’est de la liberté des gens dont il est question, cela n’empêche pas d’attirer l’attention de ces gens sur les rapports entre la liberté et la dignité. C’est pour la dignité humaine que les droits de l’homme existent. C’est pour elle qu’on se battra toujours pour avoir plus de droits. Mais ces droits ne sauraient se placer comme supérieures à la dignité, car alors, ce serait l’aveuglement et ce serait la perte de la raison.

 

  1.   Jusqu’ici, les tentatives menées pour déstabiliser la raison n’ont pas eu gain de cause. Mais on commence à comprendre qu’il ne faut pas négliger les ennemis de la raison. La barbarie dont l’histoire humaine a été victime montre que ce n’est pas toujours du côté de la raison que tout triomphe. Les ennemis de la raison ont bel et bien des droits de croire à la prospérité de leurs ambitions. Mais il nous reviendra de notre côté de lever tous les voiles possibles pour que l’humanité ne sombre pas. Car, le comble de la liberté, c’est de ne voir que ce dont elle désire ; sans se soucier des implications de ses goûts et de ses choix. Le rôle de la raison est de veiller. Il devient de plus en plus difficile de rêver au pouvoir de la raison dans un monde où tout se relativise et où les valeurs se ramènent aux individus et non à l’universalité. Le risque est simple : chacun peut clamer sa liberté et mettre dans l’idée de valeur, ce qu’il entend. Néanmoins, il faut veiller. L’homme dans ses rapports avec la nature nous invite à ne jamais oublier ces propos de Bacon : on ne domine la nature qu’en l’obéissant. Mais puisque maintenant, on peut la dominer sans avoir besoin de l’étudier, il y a des risques que l’homme ne se retrouve plus dans la nature et que sa raison se dérélictionne. Il est tenté à jeter les armes et à laisser la barque partir là où elle veut partir. Cette position n’est pas bonne ; en soi et par rapport à l’universalité. En soi, c’est une marque de fuite de responsabilité, par rapport aux autres, on aura failli à sa mission de sauvegarde de l’humanité et d’éveilleur de conscience. C’est pour cela, qu’il parait encore utile de fixer ses yeux sur ces mots de Kant :

Nous devons donc nous accoutumer de bonne heure à nous soumettre aux préceptes de la raison… car c’est dans le problème de l’éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. On peut marcher désormais dans cette voie, car on commence aujourd’hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation et que l’on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l’espèce humaine.

L’esquisse d’une théorie de l’éducation est un noble idéal et qui ne nuirait en rien, quand même nous ne serions pas en état de le réaliser. Il ne faut pas regarder une idée comme chimérique et la donner pour un beau rêve parce que des obstacles en arrêtent la réalisation.

Un idéal n’est autre chose que la conception d’une perfection qui ne s’est pas encore rencontrée dans l’expérience. Telle est, par exemple, l’idée d’une république parfaite, gouvernée d’après les règles de la justice. Est-elle pour cela impossible ? Seulement il faut d’abord que notre idée ne soit pas fausse, et ensuite qu’il ne soit pas absolument impossible de vaincre tous les obstacles qui peuvent s’opposer à son exécution. Si, par exemple, tout le monde mentait, la franchise serait-elle pour cela une pure chimère ? L’idée d’une éducation qui développe dans l’homme toutes ses dispositions naturelles est vraie absolument.

Avec l’éducation actuelle les hommes n’atteignent pas du tout le but de leur existence, car quelle diversité n’y a-t-il pas dans leur manière de vivre ! Il ne peut y avoir d’uniformité parmi eux qu’autant qu’ils agissent d’après les mêmes principes et que ces principes deviennent pour eux comme une seconde nature. Nous pouvons du moins travailler au plan d’une éducation conforme au but qu’on doit se proposer, et laisser à la postérité des instructions qu’elle pourra réaliser peu à peu. Voyez, par exemple, les oreilles d’ours : quand on les tire du pied même de la plante, elles ont toutes la même couleur ; quand au contraire on en sème la graine, on obtient des couleurs toutes différentes et les plus variées. La nature a donc mis en elles certains germes, et il suffit, pour les y développer, de semer et de planter convenablement ces fleurs. Il en est de même chez l’homme.

Il y a beaucoup de germes dans l’humanité, et c’est à nous à développer proportionnellement nos dispositions naturelles, à donner à l’humanité tout son déploiement et à faire en sorte que nous remplissions notre destination…La nature humaine ne peut se rapprocher peu à peu de sa fin que grâce aux efforts des personnes qui sont douées de sentiments assez étendus pour prendre intérêt au bien du monde et qui sont capables de concevoir un état meilleur comme possible dans l’avenir… (Kant, Traité de pédagogie, Traduction de Jules Barni).

 

 

 

 

 

Commentaire de MEKOUL ISRAEL JACOB BARUC le 13 janvier 2013 à 8:07

LE DROIT A L’EDUCATION N’EST PAS LA LIBERTE A L’EDUCATION

 

Par MEKOUL Israël Jacob Baruc

Elève-professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé (Cameroun) (Département de philosophie)

Doctorant en Droit des Affaires

 

 

L’éducation est un droit sacré et consacré dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948. Elle exclue de ce fait la question libre quant à savoir, s’il est libre d’éduquer ou d’être éduqué. Pour quoi ce droit n’est pas une liberté comme celle des autres ? Face à cet enfant qui tue ses camarades et sa maitresse aux USA, devant cet enfant qui poignarde son maitre en France, et face à cet enfant que le parent refuse d’envoyer à l’école pour qu’il aille dans la plantation de bananeraie en Afrique, resurgit la question de la place de l’éducation et surtout de la place des valeurs morales : qu’est-ce qu’il faut privilégier dans l’éducation : faire de l’enfant un homme qui a réussi dans la société ou alors d’abord un homme qui respecte l’universalité en lui et en les autres?

 

Mots clés : éducation, droit, liberté, valeurs morales, développement.

 

  1. Pour Olivier Reboul, l’éducation s’entend comme « l’ensemble des processus et des procédés qui permettent à tout enfant humain d’accéder progressivement à la culture, l’accès à la culture étant ce qui distingue l’homme de l’animal. » (La Philosophie de l’éducation, Paris, éd. PUF, coll. Que sais-je ?, neuvième édition, 2001).  Pour Kant, « L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture. Sous ce triple rapport, il est enfant, élève, — et écolier… car c’est dans le problème de l’éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. On peut marcher désormais dans cette voie, car on commence aujourd’hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation et que l’on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l’espèce humaine. » (Traité de Pédagogie, trad. Jules Barni). Ces deux positions qui portent toutes sur l’éducation et concernent les enfants expriment deux contextes bien différents : un contexte contemporain et trop généraliste où l’idée d’éducation est raffinée et un contexte singulier où l’éducation doit être fondée sur des valeurs morales. L’éducation comme l’ont abordée Rousseau et Kant est celle même que l’Unesco a retenu. Car, c’est elle qui est au fondement de l’idéal de société que nous recherchons.

 

  1. Il est douze heures aux Etats-Unis d’Amérique : un élève est rentré dans une salle de classe et a tiré sur son enseignant, tuant ses camarades et se donnant la mort bien après. En France, c’est un enfant qui vient de poignarder sa maitresse. En Afrique, c’est un parent qui refuse à son  enfant le chemin de l’école, lui préférant les plantations. Dans les pays développés, c’est la violence. En Afrique, c’est l’ignorance de la valeur de l’éducation.

 

  1. L’éducation est un droit. En Afrique, éduquer l’enfant ne doit pas être facultatif, car, il y dépend de son destin et de celui de son environnement. Pendant longtemps, et Kant l’a si bien montré, l’éducation est perçue comme ce par quoi l’enfant doit s’épanouir et devenir un homme respectable dans la société. L’éducation ne s’occupe pas d’autres choses que cela. Mais au regard des difficultés liées à de nombreuses raisons, de nombreux établissements n’ont pas toujours eu de responsables ou d’enseignants. Pour les parents, la faute est à l’Etat. La reconversion est vite faite : les enfants peuvent être utiles aux plantations de bananeraie, de palmeraie, à la pêche et à la chasse. D’ailleurs, sans ces plantations, ces enfants n’auront pas d’argent pour payer les droits d’école et les livres. Ajouté à cela, la distance entre l’école et la maison, sans véhicules, les récoltes issues des plantations peuvent servir lorsqu’il vivra en ville chez une tante ou un parent. Jusqu’aujourd’hui, de nombreux parents estiment que le retard de nombreux pays est l’affaire des intellectuels. Du coup, les longues études sont mal perçues, au profit des études de courte durée mais qui font vite accéder à l’emploi ou plus directement offre des dividendes de quelque manière. L’une des questions qu’on se pose est celle-ci : faut-il créer les écoles et les établissements partout ? La question divise les gens. Et aucune réponse n’est totale. Un seul constat : il faut éduquer les enfants. L’éducation en Afrique a toujours un premier aspect qui est social ou familial. L’enfant apprend déjà les grandes vertus qu’exige sa socialisation, jusqu’à ce qu’il les décroche ou alors y reste fidele à l’âge de responsabilité. Aller à l’école en Afrique apparait comme une seconde phase qui trouve déjà un grand déblayage fait de traditions, de coutumes, d’interdits et de rites. La différence existe peut-être avec les parents modernes, vivant dans les villes et se détachant des pratiques ancestrales ; mais l’Afrique mélange l’éducation de l’école et celle des traditions. Ce constat n’enlève en rien, l’idée que l’éducation est un droit. Eduquer n’est pas  comme vouloir être libre. L’éducation est un droit et on ne demande pas l’avis du parent ou de l’éduqué d’être éduqué.
  2. Dans les sociétés occidentales où les rites, les traditions n’existent pas, c’est souvent à l’école que l’enfant rencontre ses premières valeurs. En effet, Kant le souligne, de nombreux parents laissent leurs enfants entre les mains des tuteurs extérieurs et y nait un conflit de leadership : l’enfant doit écouter lequel des deux tuteurs : son parent biologique ou son parent accidentel. Pour Kant, si on confie son éducation à des tuteurs, il ne faut plus s’y  interposer ; de peur de rendre l’enfant « bête ». La liberté trop vite accordée aux enfants contraste avec la dureté des sévisses qu’on inflige aux jeunes africains. En Afrique, il y a des choses que l’enfant ne doit pas toucher. En Occident, l’enfant peut et doit toucher tout. Le plaisir avec lequel, de nombreux parents aux USA entrainent leurs enfants à manipuler les armes inquiètent à plus d’un titre. Le problème est moins l’interdiction de l’usage des armes qu’une limitation de cette manipulation par les enfants. A y voir, on constate que les parents mettent moins de temps à apprendre à lire à leurs enfants qu’à les conduire dans les sous-sols de leur maison pour leur apprendre le maniement des armes. L’enfant n’est pas né violent. Mais il va le devenir. Il va cultiver une envie de faire comme papa. Cependant, comme il n’est pas sage, il pourra l’essayer sur des camarades ou alors, lorsqu’il est contrarié par son enseignant ou par quelqu’un, il a le reflexe de s’amuser avec son arme et les conséquences sont tragiques.

 

  1. L’UNESCO fait reposer le principe d’une éducation morale au plus jeune âge. Kant se demandait déjà pourquoi, on enseigne tout aux enfants sauf les principes de vie morale ? Alors que, pour garantir une humanité sociable, c’est au plus jeune âge qu’on doit inculquer aux enfants les valeurs de paix, de l’autre, de travail ou de patience. La philosophie à travers l’éducation devrait par-là commencer au plus jeune âge. Les idéologues (Rousseau et Kant) estimaient que l’enfant nait certes ignorant de la violence, mais il peut s’y développer des relents violents. Par exemple, le racisme peut très tôt pousser les enfants à se considérer différents des autres et à détester ceux qui n’ont pas la même peau qu’eux. Or, en leur inculquant que l’homme, c’est l’homme, qu’il n’est pas différent du fait de la couleur de la peau, ou de la taille ou des biens matériels, on transmet déjà des valeurs qui transcendent le fait pour cet enfant de devenir demain, un magistrat, un avocat ou un enseignant. Car, c’est de cela dont a besoin la société : non pas des gens qui ont réussi leur vie, mais des gens qui respectent les autres. A quoi sert-il de réussir sa vie et de croire être investi par les dieux de mépriser les autres ? La société peut-elle préférer un homme qui a réussi et qui méprise ses semblables à un homme modeste qui est plein de sympathie, d’affection et de douceur ? Je doute fort.

 

  1. On se rend finalement compte que l’éducation est comme un « un lit de roses ». Bien éduqué, on s’en vante. Mal éduqué, on constitue un danger pour sa communauté et pour soi-même. L’éducation apparait comme un droit. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard qu’elle n’est pas une liberté. Dans tous les pays au monde, il y a un âge basique pour envoyer l’enfant à l’école. Après même la majorité civile ou légale, les parents ont le droit de poursuivre l’éducation de leurs enfants. De nombreux parents, si l’éducation était un acte de choix, aurait fait comme certaines familles en Afrique  qui préfèrent que leurs enfants aillent dans les plantations au lieu d’aller à l’école. Mais, l’éducation n’est pas un acte de choix : on ne choisit pas s’il faut éduquer ou pas ; on ne choisit pas s’il faut être éduqué ou pas. C’est un acte de toute une vie. Qu’elle devienne plus tard, l’instruction comme le font les autodidactes ou ceux qui veulent obtenir d’autres diplômes, elle reste et demeure au cœur de tout développement humain et social. Mais, on peut remarquer aujourd’hui que si l’éducation est un acte de civilisation qui s’impose aux parents, nombreux sont ceux qui préfèrent envoyer leurs enfants aux internats, loin d’eux. Ce phénomène pouvait paraitre comme justifiable : assurer la bonne formation des enfants. Mais on se rend compte que ce n’est pas le cas. Certains parents se rattrapent dans leur liberté. Ils sont libres de suivre ou non directement leurs enfants. Courant après l’argent et les occupations, ils oublient ce qui devrait être leur préoccupation : suivre au jour le jour leur enfant. Et on s’étonne de constater que ces enfants, fréquentant parfois les grands internats ont développé des grandes libertés, des grands plaisirs et une fois de retour à la case parentale, ils n’ont plus de chef. Ils ont perdu la notion de capitaine à l’internat. Ils n’attendent que l’argent des parents. Le reste, dépend d’eux. Que de crises dans les familles. Que d’incompréhensions dans les familles. Comment l’argent qui servirait à rassembler la famille la divise et l’éloigne. Et pourtant, celui qui a des moyens financiers réduits, on découvre chez lui, l’envie de vivre avec ses enfants et de conduire leurs éducations. Mais chez ceux qui ont des moyens financiers énormes, ils ont de la peine à suivre leurs propres enfants, mais attendent que ces arbres qui ont grandi seuls loin d’autres, se courbent ? Est-ce possible.

 

  1. Ainsi, le droit d’un parent ne se limite plus seulement à envoyer son enfant à l’école ; il doit lui-même le suivre. Car, il ne sert à rien de se débarrasser de son enfant en l’envoyant dans un internat et attendre de lui le même degré de respect qu’un enfant qui a vécu avec ses parents jusqu’à la séparation adulte. Certes, on y voit dans ces internats, un apprentissage à la responsabilité, mais cette responsabilité peut-être assumée même à la maison une fois l’âge majeur atteint. Les théoriciens des Lumières ont posé les jalons qui servent aujourd’hui de terreau ou de boussole à notre monde. L’UNESCO l’a compris. La moralisation commence au bas âge. Les valeurs humaines ne devraient pas attendre l’école comme c’est le cas en Occident ; les parents doivent déjà commencer ce travail à la maison. Le rôle de la famille est aujourd’hui primordial dans le processus de formation des enfants. Si la famille ne commence pas le travail à la maison en inculquant les valeurs humaines, si la famille n’envoie pas les enfants à l’école, leur préférant les plantations de bananeraie, si la famille préfère envoyer ses enfants dans des internats au lieu de les suivre elle-même, si la famille habitue les enfants aux maniements des armes plus qu’à celui des stylos à bille et des cartes du monde, la société court à la perdition. Mais, comme il reste toujours un brin d’espérance, la philosophie est là pour maintenir les bouts de la chaine. C’est dès le bas âge qu’il faut commencer à inculquer les valeurs humaines, de respect de soi et de l’autre, de crainte du Mal et de la chose publique. Mais quand on se demande à qui la faute dans l’échec de l’éducation, les professionnels de l’éducation disent qu’on ne leur donne pas des pouvoirs de direction. Face à ce débat, je termine par ces propos de Kant, dans son Traité de pédagogie, car, dans un monde de spécialisation, il est nécessaire que des spécialistes s’occupent de leurs affaires :

C’est pourquoi la direction des écoles ne devrait dépendre que du jugement, des connaisseurs les plus éclairés. Toute culture commence par les particuliers, et part de là pour s’étendre. La nature humaine ne peut se rapprocher peu à peu de sa fin que grâce aux efforts des personnes qui sont douées de sentiments assez étendus pour prendre intérêt au bien du monde et qui sont capables de concevoir un état meilleur comme possible dans l’avenir. Cependant plus d’un grand ne considère son peuple en quelque sorte que comme une partie du règne animal et n’a autre chose en vue que sa propagation. Tout au plus lui désire-t-il une certaine habileté, mais uniquement pour pouvoir faire de ses sujets des instruments mieux appropriés à ses desseins. Les particuliers doivent aussi sans doute avoir d’abord devant les yeux le but de la nature physique, mais ils doivent songer surtout au développement de l’humanité et veiller à ce qu’elle ne devienne pas seulement plus habile, mais aussi plus morale, et, ce qui est le plus difficile, à ce que la postérité puisse aller plus loin qu’ils ne sont allés eux-mêmes.

L’éducation doit donc, premièrement, discipliner les hommes. Les discipliner, c’est chercher à empêcher que ce qu’il y a d’animal en eux n’étouffe ce qu’il y a d’humain, aussi bien dans l’homme individuel que dans l’homme social. La discipline consiste donc simplement à les dépouiller de leur sauvagerie.

Deuxièmement, elle doit les cultiver. La culture comprend l’instruction et les divers enseignements. C’est elle qui donne l’habileté. Celle-ci est la possession d’une aptitude suffisante pour toutes les fins qu’on peut avoir à se proposer. Elle ne détermine donc elle-même aucune fin, mais elle laisse ce soin aux circonstances.

Certains arts sont bons dans tous les cas, par exemple ceux de lire et d’écrire ; d’autres ne le sont que relativement à quelques fins, comme celui de la musique, qui fait aimer celui qui le possède. L’habileté est en sorte infinie, à cause de la multitude des fins qu’on peut se proposer.

Troisièmement, il faut aussi veiller à ce que l’homme acquière de la prudence, à ce qu’il sache vivre dans la société de ses semblables de manière à se faire aimer et à avoir de l’influence. C’est ici que se place cette espèce de culture qu’on appelle la civilisation. Elle exige certaines manières, de la politesse et cette prudence qui fait qu’on peut se servir de tous les hommes pour ses propres fins. Elle se règle sur le goût changeant de chaque siècle. Ainsi l’on aimait encore il y a quelques années les cérémonies en société.

Quatrièmement, on doit enfin veiller à la moralisation. Il ne suffit pas en effet que l’homme soit propre a toutes sortes de fins ; il faut encore qu’il sache se faire une maxime de n’en choisir que de bonnes. Les bonnes fins sont celles qui sont nécessairement approuvées par chacun, et qui peuvent être en même temps des fins pour chacun.

 

 

 

Commentaire de René Guichardan le 13 janvier 2013 à 8:54

Cher Mekoul Israel,

Mes remerciements les plus sincères pour tes textes, mais je dois dire que leur longueur ne facilite pas l'échange (la rédaction d'une éventuelle réponse). Est-il possible de partir d'une ou deux questions, ou d'une remarque, puis éventuellement de développer progressivement et par étape ?

Il est bon aussi, soit de répondre à un sujet, soit d'ouvrir un autre sujet, plutôt que d'aligner plusieurs thèmes sous une seule proposition de départ. Celle-ci porte le titre : Des lieux de dialogue à visée philosophique partout dans le monde ?

Je vous renouvelle mes remerciements. Bien à vous.

René Guichardan

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