LA PHILOSOPHIE DANS LA VILLE, SAINT-FARGEAU-PONTHIERRY, UN LABORATOIRE EXPERIMENTAL
La ville de Saint-Fargeau-Ponthierry est une commune de 15 000 habitants située au sud de Paris.
A sa tête depuis une quinzaine d’années, le Maire, Lionel Walker, et son équipe, œuvrent autour de 3 axes majeurs : Le développement durable dans toutes ses dimensions / La démocratie participative /
Le lien social et les solidarités renforcées.
Mais que faire pour permettre aux citoyens d’accéder à la compréhension du complexe dans un monde de plus en plus éclaté, où l’hyperspécialisation fait perdre la vision globale, où les interactions sont de plus en plus rapides, et où la tentation de la simplification extrême, on peut dire parfois du simplisme, de la réponse binaire, fait perdre la capacité d’analyse de chaque citoyen ?
Le tournage et la projection du film « ce n’est qu’un début », dans une ville voisine, a apporté l’idée que cette action innovante était à fort potentiel citoyen : les ateliers à vise philosophique pouvaient répondre à notre attente démocratique dans la mesure où ils permettent la réflexion en respectant les différentes approches : réintroduire de la distance, du questionnement, du lien entre habitants…
La ville de Saint-Fargeau-Ponthierry, dans le cadre de ses politiques publiques, a eu la volonté de créer un laboratoire territorial d’application d’ateliers à visée philosophique sur les différents publics.
Comment développer une telle activité sur la commune ? Il a été décidé de recruter un personnel dédié au projet philo sur la ville à mi-temps. Des rencontres ont été organisées avec Jean-Charles Pettier, Isabelle Duflocq, et Pascaline Dogliani début 2011 : un projet en plusieurs étapes de développement est élaboré, l’association « les enfants de la philo » nous présente Marie-Hélène Pruzina, enseignante ayant soutenu de nombreuses années des projets de lecture et de littérature dans de nombreuses classes du secteur. Une demande de détachement administratif est effectuée auprès de l’Education Nationale, et Marie-Hélène Pruzina prend les fonctions de « chargée de mission pour les actions de philosophie » au sein de la ville en septembre 2011.
Dès le mois de mai 2011, le film est projeté aux habitants, en présence d’Isabelle Duflocq, directrice de l’école, et Jean-Charles Pettier. Une première approche qui permet d’annoncer officiellement la naissance du projet aux habitants. Le projet est suivi, pour ses débuts, par l’Association « les Enfants de la Philo »
Les écoles (public : 3-12 ans)
Le premier public visé est naturellement les élèves des écoles. Sur 53 classes que comportent la ville, 13 souhaitent s’engager. Un partenariat avec l’Education Nationale permet d’assurer, pour les enseignants, des temps de formation sur des temps institutionnels, coordonnés par Jean-Charles Pettier, professeur de philosophie à l’IUFM de Créteil, docteur en philosophie et en sciences de l’éducation.
L’approche choisie est celle de Michel Tozzi : le dispositif est à double visée, démocratique (règles de prise de parole/répartition des fonctions), associée à une visée philosophique par 3 exigences intellectuelles : questionnement, conceptualisation, argumentation.
Les classes sont associées en binôme, ce qui permet, à un moment de l’année, des rencontres inter-classes. L’intérêt d’u n tel projet est de permettre des échanges réguliers entre collègues, une
mutualisation des pratiques, un suivi individualisé ou collectif, en fonction des demandes.
Marie-Hélène Pruzina a reçu de la part de l’Education Nationale un agrément, l’autorisant à intervenir dans les classes ou accompagner les enseignants en tutorat. Le nombre d’interventions en classe est
restreint, l’objectif étant que les enseignants prennent en charge rapidement la conduite des ateliers dans la classe, en autonomie.
En septembre 2013, le nombre de classes adhérant au projet passe à 16. (soit 30% des classes)
La MAPIE, Mission Académique pour l’Innovation et l’Expérimentation, donne un avis favorable à ce projet, au titre de l’Article 34
Les temps péri-scolaires (public : 6-15 ans)
En parallèle, dès l’an dernier, les animateurs de l’accueil péri-scolaire (moments d’accueil, de surveillance et d’encadrement les matin, midi, soir, mercredi) se sont tout naturellement inscrits dans l’action. Les animateurs sont salariés de la ville, fonctionnent avec de véritables projets éducatifs et ont tenté d’intégrer les ateliers dans le déroulé de leurs actions.
Mais les contraintes certaines de ce mode d’accueil, (groupes différents d’un jour à l’autre, départs échelonnés, fatigue de fin de journée), ne facilitent pas la mise en place d’ateliers tels qu’on les connaît dans les écoles. Il faut trouver une porte d’entrée plus ludique, moins contraignante. Jean-Charles Pettier, sur des temps de formation, propose une entrée par le jeu.
En France, il n’existait pas de jeux pouvant être adaptés aux plus jeunes. La ville a fait appel à Aline Mignon, créatrice de jeux philosophiques pour la revue belge Philéas et Autobule. A la suite, les animateurs sont en train de créer, à leur tour, un jeu de l’oie et un jeu de découverte de son identité, en collaboration avec le service jeunesse de la ville (adolescents de 12-15ans). Ces jeux vont être construits par les enfants et les adolescents.
2013 : La diffusion vers d’autres publics
A destination des bibliothécaires et personnels municipaux, la ville va financer une action de formation qui sera assurée par Geneviève Chambard, formatrice et responsable de la formation des ateliers AGSAS-Lévine.
On abordera donc une deuxième approche des ateliers à visée philosophique : le dispositif AGSAS. Il a pour originalité que, pendant le temps de l’atelier, l’animateur reste silencieux, permettant aux participants de faire l’expérience de leur propre capacité à produire de la pensée sur des questions importantes pour l’humanité.
Une des difficultés actuellement est de trouver des personnes volontaires, susceptibles de suivre cette formation, pour ensuite pouvoir mener elles-mêmes des ateliers. En effet, la diffusion d’un tel projet ne peut être réalisée que si la ville dispose d’un nombre suffisant d’animateurs « relais ».
Perspectives 2013
Plusieurs publics sont d’ors et déjà ciblés :
- Les élèves du collège : Plusieurs membres de l’équipe éducative (professeurs, documentaliste, agents de surveillance) vont suivre à leur tour une formation et mener des ateliers dans les classes de 6è, dès 2013.
- les jeunes qui fréquentent la bibliothèque municipale : un atelier « les fruits de la philo » a fonctionné l’an dernier, avec un groupe de 9-12ans régulier
- les adolescents qui fréquentent le service « Fréquence Jeunes » de communauté de communes
- par l’intermédiaire des élèves des écoles, les parents qui ont déjà manifesté leur vif intérêt lors des présentations de début d’année scolaire
- les seniors qui se retrouvent déjà dans le cadre de l’association « les jours heureux », et qui ont participé par 2 fois à un café-philo
- les seniors de la Maison de retraite privée le Grand Pavois et du Foyer Résidence de Personnes Agées
- les adhérents des associations, notamment les associations de randonnée, qui seront sollicitées pour encadrer une rando-philo à destination des familles et du tout public.
- Les spectateurs qui fréquentent L’Espace Culturel des 26 couleurs, dans le cadre d’une programmation de spectacles suivis de discussions : théâtre-philo, ciné-philo.
D’autres expérimentations pourraient voir le jour, notamment chez les tout jeunes. La Maison de la Petite Enfance regroupant sous son toit différentes modalités d’accueil des très jeunes enfants de 3 mois à 6ans, dont des 3-6 ans sur le centre de loisirs du mercredi. L’équipe rejoindra sans doute le projet dans le courant de l’année 2013.

Commentaire de René Guichardan le 15 janvier 2013 à 16:42 Merci Marie-Hélène de partager une telle expérience. Avec la ville de Ville La Grand et le Point Information Jeunesse, nous projetons de lancer des Dialogues à visée philosophique à destination du collège et du lycée (ce sera des brunch-philo entre 12h00 et 14h00. Une expérience "mineure" par rapport à la vôtre, mais votre projet nous inspire beaucoup.
René
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